TREMBLEMENT DE COEUR

(Du 30 Mars au 17 Avril 2015)

Alors que je donnais un peu de répit aux deux plumes habituelles, en écrivant ce nouvel article, c’est avec stupeur que j’ai appris une triste nouvelle ce matin, tous ces morts, ces paysages, ces temples et ces maisons en ruines. Je me sens, moi aussi dévasté, que faire, à part être de tout coeur avec eux. « Un tremblement de coeur ».

My name is Frédéric, Frédo pour les intimes, ami proche de la famille Desruelle depuis 15 ans, je cours avec Greg, sur des trails alors forcément, ça crée des liens très forts. On s’était donné rendez-vous dans dix ans, même jour, même heure, non, non pas du tout, c’était dans dix mois à Katmandu. Depuis mon adolescence, je rêvais de l’Himalaya, du Tibet, du Népal et leur voyage me donnait enfin l’occasion de réaliser ce rêve, alors dès que j’ai su qu’il passait au Népal, aucune hésitation.

Après une semaine de folie, finir mon boulot en cours, boucler mon sac, ne rien oublier dans la précipitation, ne pas rater l’avion, même si j’ai réussi à perdre mes billets dans Roissy, faillit rater ma correspondance à Delhi et me faire dynamiter mon sac au terminal de Katmandu, me voilà enfin à l’hôtel où je vais pouvoir me reposer un peu en attendant leur arrivée dans deux jours. Visite de la ville, des temples, des temples, des temples, des maisons de bric et de broc, surtout de briques. Dégustation des mets locaux dont notamment les fameux momos, de succulents raviolis népalais. Mon anglais est mis à rude épreuve; Where is Brian ? je ne l’ai pas trouvé, il n’était pas dans la kitchen.

Impatient de les retrouver, je tourne en rond dans ma chambre d’hôtel. Ah ! Un taxi, non merde ce n’est pas eux, un autre, non toujours pas remerde, enfin 23 h 30, ils sont là et à l’heure en plus. Je me retient de courir les rejoindre dans l’escalier, on a vite fait de passer pour un sentimental, mais mon énervement trahi le manque qu’ils m’ont causé. Je descends leur ouvrir la porte de l’hôtel, le réceptionniste dort comme un bon, ou comme un bonze pour faire local. Enfin, les retrouvailles : Effusions de bisous et d’embrassades. Nous nous installons dans le salon avec une bouteille de rouge et deux morceaux de fromage rapportés du jura, nous discutons jusqu’à plus d’heure, ils me racontent une centaine d’anecdotes sur les milliers qu’ils ont en stock, je leur donne des nouvelles de tout le monde puis nous allons nous coucher.

Après une bonne nuit, ballade dans Thamel, quartier touristique de Katmandu, on s’installe au restaurant, on commande des bières belges, Agnès s’absente sous prétexte gastrique et revient dans le dos de Jordan avec une surprise de taille, Fantine ! ET oui, elle est venue nous rejoindre sans en parler à Jordan, qui reste scotché, la mâchoire par terre, les bras ballants, les yeux dans le vide ; Un bug, plus de son, plus d’image, il lui faudra plusieurs secondes pour se remettre de ses émotions. Nous voici cinq pour notre trek. 

Le lendemain, départ en bus pour Pokhara, ville étape qui nous permettra de rejoindre le point de départ de notre trek : l’Annapurna base camp. Sept heures de bus plus tard, nous arrivons enfin, secoués, bringuebalés dans tous les sens, mais entiers. Visite de pokhara, achats des derniers équipements et location des duvets dans le quartier que nous avons renommé « Chamonix ». Les Permis de trek en poche, nous sommes fin prêts pour l’aventure, un bon resto, quelques bières et une bonne nuit là-dessus.

Jour 1 : de Nayapul à Ulleri (1960m) via Poon Hill (3200m) :  

Vingt kilomètres et 2 heures de taxi plus tard, nous y voici, deux checks points et nous attaquons la montée dans un paysage presque alpin, mis à part la végétation luxuriante, faite de rhododendrons en fleurs rouge et rose qui illuminent les versants et la hauteur des montagnes qui peuvent donner le vertige. Nous marchons d’un bon pas, les sacs ne sont pas trop lourds, les chemins bien tracés, des ponts de singe nous permettent de traverser les torrents, de belles marches en pierres nous aident à gravir ces montagnes toujours plus raides les unes que les autres.

Cinq heures de marche et 1300 mètres de dénivelé plus tard, nous apercevons le village où nous ferons étape pour notre première nuit. Jordan et Fantine s’occuperont avec brio de la négociation du prix du gite et du couvert, nous continuons l’entraînement en descendant deux Everests (la bière locale) en jouant au tarot en attendant notre « Dal Bat » (plat local servi à volonté, au plus grand bonheur de Fantine pour la quantité de légumes et la quantité tout court pour Jordan).

Jour 2 : de Ulleri (1960m) à Tadapani (2590m) via Poon hill (3200m) :

Ce matin, direction Poon Hill afin de découvrir l’un des plus beaux points de vues sur les Annapurnas. Ca monte toujours, des marches et des marches à perte de vue, c’est la highway to Hill. Au bout de notre effort nous découvrons l’Annapurna dans le brouillard, la majestueuse montagne se joue de nous, elle ne se dévoile que par petit bout, comme pour mieux nous donner envie d’elle, salope !!! 

Plus loin, nous passons les 3000 mètres, sous la neige, qui commence à tourbillonner en gros flocons, nous croiserons quelques touristes chinois frigorifiés simplement vêtus, en short et tee-shirt, juste couvert d’un poncho en plastique, ce qui nous fait apprécier nos vestes en Gore Tex. En redescendant, nos passons dans des gorges magnifiques avec, au fond, un torrent sauvage et une jungle épaisse.

La pluie nous accompagnera jusqu’au refuge où nous arriverons glacés et trempés comme des linges. Installés et changés, nous nous blottissons autour du pauvre poêle à bois, beaucoup trop petit pour que tout le monde se réchauffe, surtout qu’un petit gros, assis sur sa chaise, en train de regarder la télé volume à fond, n’a pas envie de se bouger le C… Le volume de la télé devenu supportable, je demande du bois pour l’autre poêle qui trône au milieu de la pièce. Comment dit-on bûche en anglais ? Père Noël cake ! Pas sur. Bon enfin, le poêle ronfle et chauffe la pièce en un temps record, ce qui permettra à tout le monde de faire sécher ses vêtements et de se réchauffer le corps et l’âme.

Jour 3 et 4, de Tadapani (2590m) à Deurali (3100m) : Le soleil radieux du matin nous met en joie et efface la pluie d’hier, ce qui est plus facile pour faire des photos, trop peut-être, Greg fait des portraits de tous les népalais qu’il voit. Je pense qu’avec sa carte mémoire, on peut faire le recensement de toute la région. Au détour d’un chemin, nous nous retrouvons nez à nez avec le yéti, non en fait, un singe de deux mètres cinquante, enfin deux mètres, bon un mètre ! Oui, mais ça fait grand pour un singe ! Bon de toutes façons, il a eu peur, il a détalé comme un lapin. Et moi j’ai pas eu peur, même pas vrai.

Au début du quatrième jour, nos organismes commencent à fatiguer mais nous continuons notre ascension vers le camp de base de l’Annapurna sans trop de problème, nous nous sommes calés sur la météo, beau temps jusqu’à 14 h et ensuite pluie pendant deux à trois heures. La portion de trek entre Sinuwa et Deurali à fini d’entamer les forces d’Agnès, malgré une volonté de fer et un engagement total, mal au ventre et à la tête auront raison de son courage, en l’obligeant à garder le lit une bonne journée au lieu de faire l’ascension finale jusqu’au camp de base. Nous revoyons nos plans et décidons de dormir au camp de base Fantine, Jordan et moi, Greg fera l’aller-retour pour retrouver Agnès à Deurali.

Jour 5 de Deurali (3100) à Dohan (1100m) via ABC (4130m) :

Nous entamons l’ascension vers 6 h 30 dans un froid glacial, Greg part comme un népalais, peine perdue, les permis de trek sont dans le sac d’Agnès. Jordan fait un aller-retour, bon ça va, on n’avait fait que cent mètres. 2h45 et 1000 mètres de dénivelé plus tard, nous sommes au camp de base, quelques photos, un mini Molki et Greg repart rejoindre sa belle. Il fera la descente en courant, le « Dawa Desruelle », 1h15 après son départ il arrive à Deurali, ah ! l’amour !

Partis à cinq, nous ne voilà plus que trois, un petit molki avec les népalais très intrigués par ce jeu. Nous buvons une bière pour célébrer ça, même si la fête et un peu gâchée. Sans nous concerter, juste du regard, le fond de l’œil qui ne brille pas, nous sommes inquiets pour la santé d’Agnès, Jordan veut retrouver sa maman, en route donc vers Deurali, non sans avoir admiré l’immensité des montagnes. Personne à notre arrivée à Deurali ; Bonne nouvelle, ils sont descendus, signe de bonne santé. Nous continuons et si nous ne les trouvons pas aujourd’hui nous les rattraperons demain. Dernier village avant la nuit, il est temps de nous arrêter. Le chapeau de Greg, posé sur une chaise, ouf ! Ils sont là et en forme, Agnès va mieux, il fallait qu’elle coule un bonze et le repos lui a fait du bien. Un grand coup de chapeau à Fantine qui n’a pas faiblit dans cette journée marathon. Après l’Annapurna, on va encore descendre quelques Everest pour fêter nos retrouvailles.

Jour 6 et 7, de Dohan (2500m) à Phedi (1100m)

Une très grosse journée de marche, avec un détour aux sources d’eaux chaudes, pour ne découvrir que trois pauvres bassins surpeuplés. Jordan et moi décidons de nous baigner, enfin de nous tremper plutôt, vu la place restante, après un détour par la rivière à 2 ou 3°, ce qui nous permettra d’apprécier les 32°de notre bain.

Le treck se finira sans embûche après 110 Km et presque 7000 M de dénivelés positifs et nous terminons notre aventure par une grosse embrassade arrivée à Pedhi, fourbus mais heureux. Bon ! Deux Everest pour fêter ça en compagnie de Simone et ses copines, qui veulent nous vendre des colliers et des bracelets locaux.

Le retour à Pokhara se fera en bus local, vraiment très local et de retour à l’hôtel, nous nous reposerons, et profiterons de la ville et de ses restaurants pour refaire le plein d’énergie. Jordan et moi profitons de l’occasion pour aller chez le barbier, nous faire raser la couenne, je me fais masser le cuir chevelu et les épaules et lorsque j’ouvre les yeux, je découvre à coté de moi, un gamin de seize ans, ressemblant à Jordan. Quand Greg revient, le barbier a vraiment très envie de le raser et de lui couper les cheveux, ce qu’il refuse catégoriquement, bien que le barbier le rassure en lui disant qu’il est aussi toiletteur.

Une visite des alentours de la ville en VTT, une baignade à poil dans une rivière avec les buffles profitant de l’eau claire et fraîche, une visite au musée de l’alpinisme et c’est le départ en direction du Chitwan.

Quatre heures de bus climatisé (facile), nous permettrons de rejoindre le sud du Népal. Changement de climat, 35 °, pas de vent, après les nuits fraîches de l’Annapurna, difficile de dormir. Nous faisons un safari dans la jungle à pied, nous apercevons un rhinocéros endormi ou peut-être, attaché à un arbre, je ne veux pas aller vérifier, un singe mais pas de tigre, tant mieux ! Le lendemain, petite ballade à dos d’éléphant, très sympathique, un peu secoué, nous admirons un rhinocéros, pas du tout dérangé par notre présence et quelques biches plus farouches.

Retour à Katmandu où nous devrions normalement mettre quatre heures de bus sur une grande route, tranquille mais nous sommes le 13 avril, la veille du jour de l’an népalais, c’est l’exode, beaucoup de personnes sont dans les bus pour rentrer chez eux à et nous mettrons finalement plus de huit heures pour arriver à Katmandu.

Le lendemain, nous nous réveillerons presque tous centenaire car nous sommes en l’année 2072 du calendrier Népalais, je fais la connaissance de Mia, une amie croisée plusieurs fois pendant leur tour du monde. Ensemble, nous abusons des boutiques de souvenirs et surtout des restaurants, Jordan le gourmand, commande un banana split. On lui sert une banane frite, coupée en morceaux, toute seule, au milieu de l’assiette. Déçu, il explique au serveur comment on mange ce dessert en Europe. Pas contrariant le népalais, il revient avec la banane et une dizaine de glaçons tout autour ! Ice ou ice cream ? 

Et voila, comme toutes les bonnes choses ont une fin, les mauvaises aussi, mais ça on en parle moins. Il faut que je rentre chez moi, il y a des gens qui m’attendent. Je vais aussi quitter la petite famille Desruelle pour mieux les retrouver une fois leur tour du monde accompli, faire un tour sur soi-même, cela s’appelle, une révolution ! Je repars du Népal, détendu, heureux, amoureux de la population népalaise, des gens aussi souriant, joyeux, des enfants avec un regard tellement brillant, malgré le dénuement dans lequel ils vivent. Une belle leçon, pour nous occidentaux qui n’avons jamais assez et ne sommes jamais satisfaits.   

Fredo

Quant à nous, nous repartons dans quelques jours direction l’Inde, mais ça c’est une autre histoire qui risque de faire mal au ventre et que nous sommes en train de vivre actuellement.

Messages personnels :

Nous souhaitons un super joyeux anniversaire à notre Coco d’amour, qui nous manque énormément et qui n’oubliera pas nos 2 verres pour arroser cet événement. Gros bisous ma chérie, nos coeurs sont près de toi.

Un super joyeux anniversaire à notre Fredo, qui a partagé avec nous, ce Népal si magnifique. Gros bisous.

Pour finir nous ajoutons une galerie photos de tout ces gens si beaux que nous avons rencontré lors de ce périple, j’espère que toute ces personnes rencontrés vont bien. Toutes nos pensées au Népal une fois de plus :